Côte d’Ivoire – Destruction massive d’aires protégées : Ce qu’il reste des forêts de « Goin-Debé, Cavally et de Taï »


Par Elysée LATH pour linfodrome.com – Publié le 2019-01-16

Le rapport de Mighty Earth, sorti en décembre 2018, donne des informations plus détaillées sur l’état de destruction des forêts ivoiriennes, notamment dans les aires protégées. Les trois zones spécifiques qui ont reçu la visite des enquêteurs de cette organisation internationale, à savoir, la forêt classée de Goin-Debé, la réserve forestière du Cavally et le parc national de Taï, laissent constater des niveaux de destruction très prononcée. 

En ce qui concerne la forêt classée de Goin-Debé, les relevés satellitaires indiquent que cette réserve a été détruite à plus de 80 %. Il n’en reste plus que 18,47 % de forêt dense (forêt fermée), la culture du cacao occupant 26,6 % de la réserve. Dans cette forêt spécifiquement, au regard des dégâts causés par la culture du cacao, il ressort des conclusions des enquêteurs que ni l’État de Côte d’Ivoire, ni les acteurs intervenant dans l’industrie cacaoyère (particulièrement les industriels) n’ont mis en œuvre l’engagement pris à la Cop de Bonn (Allemagne) en novembre 2017, relativement à « l’Initiative cacao et forêt ». Car, selon les témoignages des personnes interrogées (les cultivateurs), aucune d’entre elles n’a été sensibilisée sur les « nouvelles restrictions sur la déforestation au profit du cacao ». 

Dans la réserve forestière du Cavally, la dégradation n’est pas aussi avancée que celle de Goin-Debé. L’on enregistre encore la présence d’une forêt dense (73,52%) contre une surface de 3,65 % occupée par la cacaoculture. Toutefois, la menace y est présente. « Les gardes forestiers qui accompagnaient notre équipe ont rapporté que lorsque la Sodefor (Société de développement des forêts, Ndlr) constatait une destruction illégale (abattage d’arbres, défrichage, brûlis, etc. Ndlr) de forêts comme celle-ci, elle enregistrait les coordonnées Gps, photographiait les lieux et adressait un rapport au siège de la Sodefor à Abidjan. Mais ne prenait ces mesures que si Abidjan les lui ordonnait et allouait des ressources suffisantes à son personnel sous-payé. Afin de générer des revenus pour ces activités, la Sodefor ouvre souvent des parcelles de forêts à l’exploitation forestière », souligne le rapport.

A Taï (parc national), la pression de l’agriculture (0,87%) sur les forêts reste, pour l’heure, moins forte. La forêt dense est encore bien conservée (97,47%). Sans doute, parce que le parc national de Taï bénéficie de subvention puisque inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. En tout état de cause, le mode de gestion de cette aire protégée a été recommandée comme un modèle à dupliquer pour les autres réserves nationales de Côte d’Ivoire. 

Suggestion. Au demeurant, les enquêteurs ont suggéré aux autorités ivoiriennes d’accroître les moyens d’intervention des agents des eaux et forêts et de l’Office ivoirien des parcs et réserves (Oipr). Aussi, recommandent-ils de redoubler de vigilance surtout pendant la période allant de janvier à avril. Selon les observations faites, les défrichages sont plus intenses chaque année pendant la saison sus-indiquée. « Il n’est guère nécessaire de déployer de grandes équipes pendant la saison des pluies, car peu de défrichage ont lieu à ce moment-là. Les autorités feraient mieux de concentrer leurs efforts pendant les périodes de l’année à haut risque », préconise-t-on. Dans la liste des recommandations, l’on note qu’il faut une surveillance de terrain régulière et renforcée dans les « points chauds ». De telles actions, conseillent les enquêteurs de Mighty Earth, doivent être financées, non pas seulement par le gouvernement, mais aussi par le secteur privé. Cela, « afin d’identifier les acheteurs et les vendeurs de cacao issu de la déforestation et de les exclure des chaînes d’approvisionnement ». Invoquant la nécessité de restaurer les forêts, Mighty Earth souhaite qu’indépendamment des actions de l’État, la filière cacao et les chocolatiers mettent en commun leurs ressources pour aider le gouvernement dans ce sens. « En Côte d’Ivoire, les quinze meilleures forêts classées devraient être converties en parcs nationaux pour une protection renforcée, avec l’élaboration d’un plan spécifique pour sauver chacune d’entre elles », a suggéré l’équipe enquêtrice. 

Elysée LATH