Cacao : un désastre écologique et économique s’annonce en Afrique


Sciencesetavenir.fr par Loïc Chauveau – Publié le 2019.01.17


En Côte d’Ivoire et au Ghana, la culture du cacaoyer s’est développée au détriment de la forêt équatoriale. Sur ces sols appauvris, le désastre écologique et économique menace. Pourtant des solutions existent. Reportage au nord d’Abidjan.

Suleimane Guiro arbore le sourire de ceux qui ont réussi. L’agriculteur burkinabé installé à Blé, petite localité située entre Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, et Yamoussoukro, la capitale politique, cultive 9 hectares de cacao, 4,5 de riz, 3 de maïs. À l’échelle de l’agriculture du pays, l’homme venu du Burkina Faso est un « gros » producteur. Sa situation est meilleure que celle de la majorité du million de planteurs de cacaoyers ivoiriens qui produisent en moyenne sur 5 ou 6 hectares. Pourtant, avec leurs voisins ghanéens, ces petits paysans récoltent 70 % des fèves produites dans le monde. Au détriment de la forêt équatoriale de l’Afrique de l’Ouest aujourd’hui réduite à quelques lambeaux. Et sans égard pour des sols épuisés et des arbres assoiffés.

Suleimane Guiro a débuté son exploitation au début des années 2000, alors qu’il avait à peine vingt ans. « Je me suis installé sur quatre parcelles que j’ai déboisées, car l’ombre, ce n’est pas bon pour le cacaoyer, explique le planteur. Il y a vingt ans, tout ce qui était planté réussissait. En 2015, en revanche, la sécheresse nous a causé beaucoup de souci. » François Ruf, chercheur du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), présent depuis les années 1990 dans le pays, a entendu des milliers de récits similaires. Essaimé par des hommes jeunes poussés par la nécessité, Theobroma cacao a occupé en quelques décennies tout le sud de la Côte d’Ivoire et du Ghana, là où des précipitations annuelles de 1000 mm au minimum permettent sa culture.

« À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le cacao était quasi inconnu dans cette région couverte d’une immense forêt équatoriale, raconte François Ruf. La demande croissante en chocolat a provoqué une migration d’agriculteurs des savanes du nord de la Côte d’Ivoire ainsi que du Burkina Faso. Le mouvement a été rapide, car le principe était que la terre appartient à celui qui la défriche. » La culture a commencé dans l’est de la Côte d’Ivoire, région pourtant plus sèche, pour conquérir graduellement tout l’ouest du pays, où les précipitations sont plus abondantes.