Déforestation à Madagascar : concilier développement et conservation de la biodiversité


Par le CIRAD – Publié le 2019-03-20 – Article

Le président de la République malgache, Andry Rajoelina, a dévoilé un ambitieux plan de reforestation lors du One Planet Summit le 14 mars à Nairobi. Cette annonce fait suite à des résultats récents publiés par le Ciraddans Biological Conservation et cités dans une communication du président malgache à son conseil des ministres le 27 février dernier.

L’île a perdu 44 % de ses forêts naturelles depuis les années 50 et le rythme de la déforestation s’accélère. Avec 90 % d’espèces endémiques, c’est une biodiversité unique qui est menacée de disparition. L’enjeu de la Grande île est de concilier la sauvegarde de son patrimoine naturel et la lutte contre la pauvreté. Un défi de taille qui nécessite des actions menées sur plusieurs fronts. Les recherches du Cirad et de ses partenaires accompagnent le pays dans ce sens au travers de plusieurs projets. Revue de détails à l’occasion de la journée internationale des forêts, le 21 mars.

« Madagascar était appelée l’île Rouge, désormais elle sera l’ile Verte grâce à notre plan national de reforestation  » déclarait le président malgache Andry Rajoelina au cours du troisième One Planet Summit le 14 mars dernier. Le chef d’État s’engage à reboiser 40 000 hectares chaque année. Un plan salué par Plinio Sist, directeur de l’unité de recherche Forêts et Sociétés du Cirad qui rappelle que « la République malgache s’est engagée à restaurer 4 millions d’hectares de forêt d’ici 2030 dans le cadre de l’initiative AFR100, African Forest Landscape Restoration Initiative.  »

Un contexte tendu

Madagascar possède une biodiversité unique avec 90 % d’espèces endémiques © C. Cornu, Cirad

À Madagascar, les questions forestières sont de plus en plus préoccupantes dans le contexte des changements globaux. La population malgache devrait doubler entre 2015 et 2050. Or, celle-ci aura besoin de surfaces cultivables pour se nourrir ainsi que de bois et de charbon de bois, principale source d’énergie sur l’île à l’heure actuelle. C’est dans ce contexte qu’un travail de longue haleine est engagé par le Cirad et ses partenaires pour réduire la pression sur les forêts naturelles. Des actions menées notamment dans le cadre du dispositif de recherche et d’enseignement en partenariat Forêts et biodiversité à Madagascar.

Identifier les zones prioritaires de conservation et de restauration

« Un objectif fort est de préserver les forêts naturelles restantes et d’orienter les efforts de conservation sur des zones prioritaires  », explique Ghislain Vieilledent, écologue au Cirad et coordinateur du projet BioSceneMada (Biodiversity scenarios under the effect of climate change and future deforestation in Madagascar). Ce projet mettra à disposition des décideurs des cartes pointant les zones prioritaires pour la conservation de la biodiversité*. Ces cartes identifieront aussi des zones stratégiques pour la mise en place de corridors forestiers afin de favoriser la restauration des forêts.

Concilier production agricole et gestion des forêts

La restauration des paysages et des services écosystémiques liés aux espaces boisés est au cœur de plusieurs autres projets impliquant le Cirad à Madagascar. Selon Jean-Marc Bouvet, chercheur au Cirad et animateur du dispositif en partenariat Forêts et biodiversité à Madagascar, « pour que la restauration et la conservation des forêts soient effectives et durables il faut qu’elles soient en interaction positive avec l’agriculture.  »

Voatsiperifery pepper © P. Danthu, CIRAD

Les approches sectorielles ont montré leur limite et préserver les espaces forestiers aujourd’hui, c’est aussi se préoccuper des activités agricoles pour proposer des alternatives à l’agriculture sur brûlis et intégrer l’arbre et la biodiversité dans les espaces cultivés. C’est l’objectif du Projet Agriculture Durable par Approche Paysage (PADAP) auquel les experts du Cirad contribuent et qui développe une approche multisectorielle et participative pour la planification et la gestion des socio-écosytèmes agricoles et forestiers.
C’est aussi selon les principes d’intensification agro-écologique que le Cirad et ses partenaires malgaches prennent en compte les grandes filières d’exportation liées à l’arbre (litchi, girofle…), à la culture en forêt comme la vanille ou celles développées par des pratiques de cueillette comme le poivre sauvage (projet DOMETSIP) pour concilier agriculture et préservation des espaces boisées.

Accompagner la production de bois-énergie

Meule de carbonisation améliorée @ Projet Arina

Autre défi pour limiter la dégradation des forêts : développer les plantations forestières notamment pour la production de bois-énergie. Près de 90 % de la population malgache utilisent le bois et le charbon de bois comme énergie domestique. Les plantations forestières, principalement réservées aux zones marginales impropres à l’agriculture et résistantes aux feux de brousse, ont un impact grandissant dans l’économie rurale. Dans ce sillon, le Cirad coordonne le projet Arina – Aménagement et reboisement intégré du district d’Anjozorobe en bois-énergie. « L’objectif est d’accompagner les populations rurales tout au long de la chaine, des plantations forestières à la commercialisation du charbon de bois, en passant par la carbonisation et l’efficacité énergétique,  » explique Jean-Pierre Bouillet, coordinateur d’Arina. Les chercheurs estiment qu’entre 30 000 et 60 000 ha de forêts naturelles sont épargnés chaque année grâce aux plantations à vocation bois-énergie dans la seule région d’Antananarivo.
* Ces zones prioritaires concernent des hot-spots et des refuges climatiques pour la biodiversité qui présentent un fort risque de déforestation.