L’absence inhabituelle de tortues marines au Nicaragua inquiète pour leur avenir


Par Emeline Gérard pour geo.fr – Publié le 2019-04-16

Chaque année, entre novembre et mars, des tortues luth arrivent sur les côtes reculées d’une réserve du Nicaragua afin d’y pondre leurs oeufs. Mais au cours des derniers mois, pas une seule tortue n’a été observée. Une absence qui inquiète.
Aux Maldives, les tortues se retrouvent à pondre sur des pistes d’atterrissage. Au Nicaragua, les reptiles ne pointent même plus le bout de leurs nageoires. C’est la sonnette d’alarme déclenchée par Fauna & Flora International (FFI), une ONG spécialisée dans la conservation de la nature qui mène depuis 17 ans un programme de surveillance des tortues luths (Dermochelys coriacea) sur les côtes du Nicaragua.Avec une longueur moyenne de 1,80 mètre pour une masse de 500 kilogrammes, la tortue luth est la plus grande espèce de tortues marines. Elle est connue pour fréquenter tous les océans de la planète en quête de son mets favori, les méduses. Mais quand il s’agit de pondre, ces reptiles sont bien plus regardants, ils choisissent généralement des plages sablonneuses situées dans les latitudes tropicales.

« C’est la première fois que cela arrive »

La réserve naturelle de Chacocente au Nicaragua fait partie de leurs endroits préférés. Généralement, les tortues affluent entre les mois de novembre et mars pour pondre sur les côtes. Mais cette année, pas un seul spécimen n’est venu construire son nid à Chacocente. « C’est la première fois que cela arrive« , a expliqué à The Guardian, Alison Gunn, responsable du programme Amérique et Caraïbes de la FFI.

« Les rapports que nous avons des anciens de la communauté indiquent que dans les années 80, il y avait des centaines de tortues qui nidifiaient à [Chacocente], maintenant il y a un nombre très faible de tortues luths par ici« , a confirmé Alison Gunn. Pour l’ONG, ceci est la preuve que les tortues de la région continuent de souffrir des pressions exercées par les activités humaines malgré les mesures mises en place.

Des menaces trop pesantes

Aujourd’hui, la population de tortues luths du Pacifique Est qui s’étend du Mexique à l’Amérique du Sud est considérée comme en danger critique d’extinction. Les menaces qui pèsent sur elles incluent la pêche à la fois légale et illégale, le braconnage des oeufs, la destruction de leur habitat ainsi que la pollution. Le réchauffement climatique aurait également des conséquences non négligeables sur les tortues marines.

« Notre travail de surveillance montre que le déclin du nombre de tortues luths est une tendance et non une petite anomalie« , a souligné Alison Gunn dans un communiqué. « C’est déchirant de penser que tous les efforts de conservation pourraient être vains si nous ne nous occupons pas des menaces d’origine humaine qui pèsent sur les tortues une fois qu’elles ont atteint la mer« .

Six sur sept espèces sont menacées

La tortue luth n’est pas la seule à souffrir de ces menaces. Sept espèces de tortues marines sont répertoriées à travers le monde, six d’entre elles sont considérées en danger par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) dont deux – la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et la tortue de Kemp(Lepidochelys kempii) – en danger critique d’extinction.

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