CAFÉ : Les clusters agroforestiers, un modèle complémentaire au commerce équitable.


Cirad.fr – Publié le 2019-05-18


Cultures en agroforesterie, caféiers hybrides hautement productifs et chaine de valeur locale orchestrée par des parties prenantes interconnectées. Tels sont les trois piliers du concept de cluster agroforestier (AFS-Cluster*) développé au Cirad. Un cluster pilote constitué en 2016 a donné naissance à la capsule Nespresso « Nicaragua ».

Cette innovation organisationnelle d’une filière agricole semble compléter des certifications écologiques et sociales comme le commerce équitable. Le modèle sera présenté lors du congrès mondial d’agroforesterie qui se tient du 20 au 22 mai à Montpellier.

Les clusters agroforestiers contribuent à la transition agro-écologique, garantissent de meilleurs revenus pour les cultivateurs, ainsi qu’un approvisionnement stable et traçable d’un café de grande qualité. Le principe repose sur la mise en relation directe entre agriculteurs, négociants et torréfacteurs et l’application d’un cahier des charges négocié en amont avec l’acheteur final. Ce document concerne aussi bien le prix d’achat que les variétés de cafés plantées, les techniques culturales et les procédés de transformation. Le Cirad apporte son expertise sur l’analyse agronomique et socio-économique et la mise en relation des différents acteurs. Il définit par ailleurs les bonnes pratiques agro-écologiques et garantit une répartition équitable de la valeur ajoutée.

Un modèle d’organisation créé par le Cirad

 

Benoît Bertrand, sélectionneur au Cirad, qui a participé activement à l’émergence du concept : « nous nous sommes interrogés sur les principaux enjeux auxquels doit faire face chacun des acteurs de la filière café. Au Cirad, nous avons la capacité de nous placer depuis différents points de vue pour tenter de trouver des intérêts convergents. C’est ce que nous avons apporté à nos partenaires lors de la réflexion sur le modèle.  » Pour les cultivateurs de plantes pérennes comme le caféier, le défi est d’accéder à des crédits, indispensables pour la replantation. Les banques, elles, doivent sécuriser des investissements auprès d’agriculteurs souvent modestes, dans un contexte où les cours du café sont à la baisse. Tandis que les torréfacteurs recherchent une production stable, traçable et de qualité.

Le trio gagnant de la production de café

Le principe de ces clusters repose sur trois piliers :

  • La création d’une chaine de valeur locale (basée sur un terroir) avec un petit nombre d’acteurs permet de maximiser les marges au bénéfice notamment des agriculteurs. Ce circuit court et simplifié offre également une meilleure traçabilité du café, un atout fort pour la filière biologique.
  • Le recours à des hybrides de caféiers performants garantit d’excellents rendements, du café de très bonne qualité gustative et une bonne résilience aux maladies telles que la rouille, de plus en plus préoccupante dans de nombreux pays.
  • La culture en agroforesterie améliore et homogénéise la qualité du café et procure également de précieux services écosystémiques : usage limité d’intrants, protection des sols, atténuation du changement climatique. Elle permet aussi au producteur de diversifier ses revenus en combinant la culture de caféier avec des fruitiers ou du bois d’œuvre.

Un cluster pilote au Nicaragua

C’est sur ce modèle qu’un prototype a été conçu il y a cinq ans au Nicaragua. 1300 ha de caféiers y sont désormais cultivés en agroforesterie en association avec des bois d’œuvre. Le cluster réunit des producteurs fédérés au sein de la structure privée NicaFrance Outgrowers, le négociant Ecom Trading, le fonds d’investissement Moringa Partnership, le Cirad et le torréfacteur Nespresso. Résultat : la capsule Nespresso « Nicaragua » est en vente depuis deux ans et connaît un beau succès commercial.

Pallier les limites du commerce équitable

 

Si le commerce équitable remplit plutôt bien ses objectifs pour la filière café, ce système montre toutefois des limites. Le surplus de rémunérations dont bénéficient les producteurs est loin d’être suffisant pour faire face au défi du renouvellement de la plantation, principal enjeu de tous les cultivateurs de plantes pérennes. Il faut acheter les nouveaux plants de caféiers, les installer et surtout attendre deux ans avant d’obtenir à nouveau une production et des revenus. « 70 % du café consommé dans le monde provient de petites exploitations familiales de moins de 5 hectares. Pour ces agriculteurs, il est très compliqué d’emprunter de l’argent quand arrive le moment de la replantation. Notre modèle de cluster leur permet de faire face à ce défi décisif,  » explique Benoît Bertrand.

BREEDCAFS décrypte et promeut les performances du café agroforestier

Depuis 3 à 4 ans, les cours du café sont bas. Ce contexte engendre une diminution des surfaces agroforestières, moins rentables que les cultures de plein soleil. Pourtant, cultiver le café sous ombrage est une voie d’adaptation de la production au changement climatique. Mais encore récemment il n’existait quasiment pas de variétés adaptées à ce système de culture agro-écologique. Le projet BREEDCAFS, coordonné par le Cirad et financé par le programme européen H2020, propose de diversifier la gamme variétale destinée à l’agroforesterie afin d’en améliorer les performances. Les hybrides sélectionnés sont 30 à 40 % plus productifs que les variétés américaines, les principales cultivées aujourd’hui. Dans le cadre de BREEDCAFS, ces hybrides sont mis à disposition de deux petits clusters agroforestiers expérimentaux qui devraient voir le jour au Cameroun et au Vietnam sur le modèle du prototype développé au Nicaragua.

* AFS pour Agroforestry Syste