A.I : INVITE l’agriculture du futur


Par Chloé BOSSARD pour courrierdelouest.fr – Publié le 2019-07-08

Coordonné par l’INRA, un projet européen vise à sélectionner des variétés de blé, pommes ou tomates selon leur résistance au changement climatique, grâce à la technologie.

À première vue, il s’agit de simples lunettes. Mais celles-ci ont un véritable pouvoir : compter le nombre de fruits qui alourdissent les branches d’un pommier, mesurer leur taille, et déterminer leur couleur, d’un simple coup d’œil. Rien de magique là-dedans, les binocles connectées développées par l’équipe ImHorPhen de l’Institut de Recherche en Horticulture et Semences (IRSH) d’Angers recèlent surtout une flopée de composants électroniques. Reliée à une application mobile, cette monture intelligente doit grandement faciliter le travail des scientifiques.

« Jusqu’à présent, seule l’observation humaine permettait de caractériser et de sélectionner une variété »,

explique François Laurens, au milieu de ses vergers de l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra), à Beaucouzé. Environ 10 000 jeunes pommiers sont plantés chaque année sur ces terres, et chacun est scruté avec minutie. Un fastidieux travail de fourmi. Alors, « une innovation comme celle-ci doit nous permettre de gagner en rapidité et en précision, même si les sens humains seront toujours les juges de paix ».

Anticiper l’arrivée des parasites

Pour encourager cette révolution technologique, François Laurens a lancé lundi 8 juillet le projet européen INVITE*, dont il est le pilote. Quelque 150 participants venus de treize pays différents échangent jusqu’à mercredi sur les outils à développer pour améliorer l’évaluation variétale, notamment en matière de génétique et d’intelligence artificielle. Au total, l’Union européenne va injecter huit millions d’euros sur cinq ans dans ce programme regroupant scientifiques, autorités, semenciers et innovateurs. Tous mettront leurs données en commun, afin de sélectionner des productions végétales plus résistantes aux parasites et au changement climatique.

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Les expérimentations se focaliseront sur sept espèces parmi les plus consommées sur le continent : blé, maïs, tournesol, gazon ray-grass, pomme, tomate et pomme de terre. Car, in fine, ce sont bien les agriculteurs qui bénéficieront du projet. « Grâce à toutes les données que nous allons récolter, ils pourront choisir la meilleure variété en fonction de leur sol, de leur climat et d’autres paramètres, bien plus finement qu’aujourd’hui », projette François Laurens. L’établissement de modèles de prédiction statistiques doit également leur permettre d’anticiper l’arrivée d’un parasite, et donc, d’utiliser moins de traitements chimiques.