CCN-51: L’industrie du cacao devrait-elle en avoir peur ?


Par Jeana Cadby pour perfectdailygrind.com – Publié le 2019-07-11

CCN-51 est une variété de cacao à haut rendement et résistante aux maladies, couramment utilisée pour la fabrication de chocolat de base. Il peut aider les producteurs de cacao à rester en activité lorsque le balai de sorcière éclate et à apporter une stabilité aux pays producteurs de cacao. Mais certains experts de l’industrie s’inquiètent de l’impact de la concentration sur cette variété. Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur les risques liés à la croissance de CCN-51, pourquoi certains chocolatiers n’aiment pas cette variété et quels efforts sont faits pour protéger la diversité du cacao.

Qu’est-ce que le CCN-51?
L’histoire de CCN-51 commence par un champignon. Originaire de la basse Amazonie, le balai de sorcière est un agent pathogène dévastateur avec un goût prononcé pour le cacao. Au fil des ans, il a gravement endommagé les industries du cacao de plusieurs pays producteurs d’Amérique du Sud et des Caraïbes. Une épidémie de balai de sorcière a brisé l’industrie du Suriname à la fin des années 1890, absorbant 80% de la production de cacao.

La Guyane, la Colombie, l’Équateur, Trinité, Tobago, le Pérou, la Grenade, le Panama et le Brésil ont également été durement touchés par le champignon à divers moments du XXe siècle. Dans les années 1960, le phytotechnicien indépendant Homero Castro a développé le CCN-51 en réponse aux ravages causés par le balai de sorcière et d’autres maladies.

Il a été rapporté que la variété s’appelait Colección Castro Naranjal 51 après que ses 50 tentatives précédentes de création d’une variété résistante aux maladies n’avaient pas abouti. Le CCN-51 n’est pas simplement un hybride robuste et résistant aux maladies : il est également très productif et produit de grandes gousses et fèves au bout de deux ans seulement après la transplantation sur le terrain.

Une grande partie du marché
Des efforts ont été déployés pour établir CCN-51 dans les grandes exploitations agricoles en Équateur à partir de 1985, mais la variété a vraiment gagné en popularité à la fin des années 1990. Lorsque la récolte de cacao 1997/98 dans le pays a été durement touchée par les conditions climatiques El Niño, des spécimens de CCN-51 ont été utilisés pour remplacer les variétés locales moins résistantes.

Aujourd’hui, de nombreux produits de chocolat de base contiennent une certaine quantité de CCN-51. Un rapport publié en 2015 par l’USDA sur l’industrie cacaoyère de l’Équateur indique que CCN-51 représentait 36% de la production de cacao du pays à cette époque. Cette domination montre à quel point CCN-51 a atteint l’objectif de Hectoro Castro de résister à une maladie dévastatrice et de remettre sur pied une industrie en difficulté. Donc quel est le problème?

Le CCN-51 met-il le cacao fin en danger?
CCN-51 est une solution conçue pour assurer la survie de l’industrie du cacao. Son omniprésence est le produit d’un système exigeant une productivité élevée et mettant l’accent sur la cohérence plutôt que sur la saveur.


Mais avec la croissance du chocolat artisanal et de l’industrie du cacao, la demande évolue.

Les producteurs de chocolat artisanal utilisent une mesure différente pour la qualité, exigeant une plus grande diversité de saveurs, de systèmes de production et de bien-être des agriculteurs. Certains acteurs de l’industrie considèrent le CCN-51 et d’autres variétés de cacao à haute efficacité comme une menace pour l’industrie du cacao fin et la diversité agricole.

Le cacao étant commercialisé comme une marchandise, le système récompense la quantité plutôt que la qualité. Plus les agriculteurs produisent, plus ils peuvent vendre et plus leurs profits sont importants. Les acheteurs qui ont le plus de chances d’être garantis pour acheter du cacao sont aussi souvent ceux qui sont le moins susceptibles de faire la différence sur la qualité de leur goût ou de leur cacao. Pour de nombreux producteurs de cacao, investir des ressources dans la culture d’arbres moins productifs et résistants aux maladies sans acheteur garanti, dans un souci de diversification du cacao, n’a tout simplement aucun sens économique.

 

Qu’avons-nous à perdre?

Le CCN-51 peut rapidement fournir aux agriculteurs des rendements élevés et constants et il prospère dans des systèmes de monoculture en plein soleil. Tous les agriculteurs qui cultivent CCN-51 n’utilisent pas ces méthodes, mais l’omniprésence de CCN-51 a réduit la diversité génétique du cacao. Des variétés présentant un excellent potentiel aromatique et d’autres caractéristiques intéressantes sont en train d’être remplacées et disparaissent. Et cette éradication de la diversité génétique ne réduit pas seulement les options pour l’industrie du chocolat fin. Cela représente une menace pour tout le cacao.

Bien que le CCN-51 soit tolérant au climat et aux maladies d’aujourd’hui, il pourrait ne pas être aussi robuste dans les conditions futures. Une réduction de la diversité génétique signifie la réduction du filet de sécurité pour les problèmes futurs qui se poseront inévitablement dans l’industrie du cacao. Comme en témoigne la prolifération dévastatrice du balai de sorcière, des maladies peuvent arriver soudainement et gravement. En évitant la monoculture génétique, il est possible de se prémunir contre des pertes dévastatrices. Le maintien d’un pool génétique plus large augmente également la probabilité d’un rétablissement plus rapide.

Les fluctuations de température et les conditions météorologiques extrêmes associées au changement climatique risquent de rendre certains systèmes de production de cacao non durables sans ajustement important.

Le cacao indigène et ancien peut contenir des traits qui favorisent l’adaptation à ces nouveaux environnements. De nombreuses variétés de cacao anciennes et indigènes se sont développées naturellement dans un système forestier mixte ou recouvert, ce qui favorise davantage la conservation de l’habitat et la prolifération de la biodiversité. Pour les agriculteurs, les systèmes forestiers mixtes permettent également une diversification des stratégies de revenus. La diversification réduit la dépendance vis-à-vis d’une culture unique et uniforme qui risque d’être anéantie par une épidémie ou un événement météorologique imprévu.

Initiatives de conservation
Certains efforts ont été faits pour préserver la diversité du cacao, tant pour la saveur fine que pour la diversité génétique. Heirloom Cacao Preservation (HCP) a été créée en 2012 en partenariat avec l’USDA et la Fine Chocolate Industry Association dans le but de «répondre aux pressions exercées par les changements environnementaux, la déforestation et les influences économiques qui menacent l’offre mondiale de cacao savoureux de haute qualité».

En plus de maintenir une base de données sur les caractéristiques de génotype et d’arôme, il dispose d’une pépinière de conservation et offre aux producteurs de cacao des incitations à cultiver des variétés anciennes.

Greg D’Alesandre est le responsable des achats de Dandelion Chocolate et membre du conseil d’administration de HCP.

Une des choses sur laquelle HCP a toujours mis l’accent est de promouvoir la diversité dans le cacao… (un manque de diversité) crée un risque énorme pour les agriculteurs car leurs cultures sont menacées par la maladie, mais également par l’industrie. Il existe moins de variations génétiques naturelles à utiliser pour relever les défis qui se présentent… À l’heure actuelle, le cacao est très diversifié et notre objectif est d’aider à le préserver.

 Il m’a dit que HCP travaille avec un certain nombre de groupes pour aider à comprendre ce qui fait le bon goût d’un cacao et encourage les producteurs qui sont capables d’y parvenir grâce à l’utilisation de la désignation HCP.


CCN-51 is a high-yield, disease-resistant variety of cacao that is commonly used to make commodity chocolate. It can help cacao producers stay in business when witches’ broom breaks out, and provide stability for cacao-producing countries. But some industry experts are concerned about the impact of focusing on this one variety.

Read on to find out more about the risks of growing CCN-51, why some chocolate makers dislike the variety, and what efforts are being made to protect cacao diversity.

A CCN-51 pod split to reveal pulp-covered seeds, in Ecuador. Credit: Jeana Cadby

What Is CCN-51?

The story of CCN-51 begins with a fungus. Originating in the lower Amazon basin, witches’ broom is a devastating pathogen with a taste for cacao. Over the years, it has severely damaged the cacao industries of several producing nations in South America and the Caribbean.

An outbreak of witches’ broom shattered the Suriname industry in the late 1890s, taking out 80% of cacao production. Guyana, Colombia, Ecuador, Trinidad, Tobago, Peru, Grenada, Panama, and Brazil were also hit hard by the fungus at various points of the 20th century.

In the 1960s, independent plant scientist Homero Castro developed CCN-51 in response to the devastation caused by witches’ broom and other diseases. It’s reported that the variety was named Colección Castro Naranjal 51 after his previous 50 attempts to create a disease-resistant variety were unsuccessful. CCN-51 is not just a robust and disease-resistant hybrid  it’s also highly productive, producing large pods and beans after only two years from being transplanted to the field.

Learn more in What Is Witches’ Broom & How Does It Affect Cacao?

The distinctive shape of a cacao tree affected by witches’ broom. Credit: Tuta Aquino

A Large Part of The Market

There were efforts to establish CCN-51 in large-scale farming in Ecuador from 1985, but  the variety really gained popularity in the late 1990s. When the country’s 1997/98 cacao harvest was hit hard by El Niño weather conditions, CCN-51 specimens were used to replace the less-resistant local varieties.

Today, many commodity chocolate products contain some amount of CCN-51. A 2015 USDA report of Ecuador’s cacao industry states that CCN-51 made up 36% of cacao production in the country at that time. This dominance speaks to how well CCN-51 has achieved Hectoro Castro’s goal of resisting a devastating disease and lifting a struggling industry back to its feet. So what’s the problem?

CCN-51 pods on a tree in Ecuador. Credit: Jeana Cadby

Is CCN-51 Putting Fine Cacao at Risk?

CCN-51 is a solution built to ensure the survival of the cacao industry. Its ubiquity is a product of a system that demands high productivity with an emphasis on consistency, rather than good flavor.

But with the growth of craft chocolate and the fine cacao industry, demands are changing. Craft chocolate producers are using a different metric for quality, demanding more diversity in flavor, production systems, and farmer welfare. Some industry players see CCN-51 and other high-efficiency cacao varieties as a threat to the fine cacao industry and agricultural diversity.

Because cacao is traded as a commodity, the system rewards quantity rather than quality. The more farmers produce, the more they can sell, and the greater their profits. The buyers who are most likely to be guaranteed to purchase cacao are also often those who are least likely to discriminate on flavor or fine cacao quality. For many cacao farmers, investing resources into cultivating less productive and disease-resistant trees without aguaranteed buyer, for the sake of fine cacao diversification, simply does not make economic sense.

Costa Rican cacao pods bred for fine flavor and disease resistance. Credit: Jeana Cadby

What Have We Got to Lose?

CCN-51 can quickly supply farmers with high, consistent yields and it thrives in full-sun, monoculture systems. Not all farmers growing CCN-51 are employing these methods, but the ubiquity of CCN-51 has reduced the genetic diversity of cacao. Varieties with excellent flavor potential and other interesting characteristics are being replaced and disappearing.

And this eradication of genetic diversity doesn’t just reduce options for the fine chocolate industry. It poses a threat to all cacao. While CCN-51 is tolerant to today’s climates and diseases, it may not be as robust under future conditions.

A reduction of genetic diversity means shrinking the safety net for future issues that will inevitably arise in the cacao industry. As evidenced by the devastating spread of witches’ broom, diseases can arrive suddenly and severely. By avoiding genetic monoculture, it’s possible to safeguard against devastating losses. Maintaining a wider genetic pool also increases the likelihood of a faster recovery.

Cacao pods on a tree. Credit: Miguel Regalado 

Temperature fluctuations and extreme weather conditions associated with climate change are likely to make some cacao production systems unsustainable without significant adjustment. Indigenous and heirloom cacao may contain traits that support adaptation to these new environments.

Many heirloom and indigenous cacao varieties developed naturally in a mixed or covered forest system, which is more supportive of habitat conservation and biodiversity proliferation. For farmers, mixed forestry systems also allow for diversification in income strategies. Diversification reduces reliance on one single, uniform crop that is at risk of being wiped out by one outbreak of disease or unexpected weather event.

Learn more in How Crop Diversification Can Counter Low Coffee Prices

Cacao expert Daniel O’Doherty rests under the shade of a cacao tree growing in full sun in Ecuador. Credit: Jeana Cadby

Conservation Initiatives

There are some efforts to preserve cacao diversity, both for fine flavor and genetic diversity.

Heirloom Cacao Preservation (HCP) was formed in 2012 in partnership with the USDA and the Fine Chocolate Industry Association as “a response to the global pressures of environmental change, deforestation, and economic influences threatening the world’s supply of high quality, flavorful cacao.” As well as maintaining a database of genotype and flavor characteristics, it has a preservation nursery and offers incentives for cacao producers to grow heirloom varieties.

Greg D’Alesandre is the Chief Sourcing Officer for Dandelion Chocolate and an HCP board member. He says that “one of the things HCP has always been focused on is promoting diversity in cacao…(a lack of diversity) creates massive risk to farmers as their crops are at risk to disease sweeping across unchecked but also risk to the industry as there is less natural genetic variation available to be used in tackling challenges as they arise… Currently there is quite a lot of diversity within cacao and our goal is to help preserve that.”

He tells me that HCP works with a number of groups to help understand what makes great tasting cacao and promotes producers who are able to achieve this through the use of an HCP designation.

An Ecuadorian Nacional hybrid pod, produced for fine flavor notes. Credit: Jeana Cadby

Cacao gene banks and field collections can also help to preserve cacao genetics. The largest and most diverse collection, The International Cocoa Genebank, Trindad (ICGT) keeps over 2,300 cacao accessions. These samples are in the public domain, for the benefit of the global cacao industry. Plant breeders can access a diverse selectionof genetic material that can be used in cacao breeding programs.

Such collections, however, are still at risk of “erosion.” Often, the germplasm has been stored in unpredictable field conditions that make it more likely to degrade. Maintaining gene banks at origin as well as in multiple locations could be one way to better safeguard against potential losses, as well as serve more diverse groups with genetic material.

Advancements in genetic tools are allowing breeders to more quickly identify specimens that exhibit disease-resistance earlier in the development process. For example, at Cacao Genetic Improvement Program (CATIE), therehas been success in breeding cacao with both fine flavor and resistance to frosty pod disease, which has a similar lineage to witches’ broom.

Cacao expert Wilbert Phillips-Mora displays diseased cacao pods in Costa Rica. Credit: Jeana Cadby

Working With Both CCN-51 & Heirloom Varieties

Some industry members have suggested integrating CCN-51 into fine cacao blends as a middle ground between more expensive fine cacao and commodity grade. Others say that encouraging mixing “debases both the value and flavor of the resulting chocolate,” resulting in a loss of market for fine cacao.

Greg says, “In terms of what is needed to preserve diversity, first and foremost is a market for specialty cacao… If we, as an industry, want to change behavior, we need to change our own as well… In my opinion, good flavor is what will help drive higher prices for cacao, which in turn will incentivize farmers to keep diversity on their farms, because they are able to earn enough money to make it worthwhile.”

He also says that diversification is key. “I feel like high yielding cultivars have their place. Some of the producers who Dandelion works with in Ecuador… will grow both cacao for flavor but also CCN-51 to ensure that they can continue to have a baseline income when disease hits especially hard.

“Diversity doesn’t mean everyone should just grow cacao for flavor, it means there should be a healthy blend. We wouldn’t expect farmers to do what is against their best interest, so it’s our job to ensure diversity is in their best interest,” he says.

Enjoyed this? You may also like What Happens During Cacao Fermentation?

Written by Jeana Cadby. Feature photo: A bisected bean at a bulk cacao processing facility that does not meet fine cacao quality standardsFeature photo credit: Jeana Cadby

PDG Cacao