Le conte de fée de la cacaocultrice camerounaise


Par Frédéric PLACARD pour estrepublicain.fr – Publié le 2019-12-24

Aristide Tchemtchoua, 34 ans, était il y a peu au magasin Terra Chocolata. Cacaocultrice camerounaise, elle est présidente d’une coopérative qui fournit des fèves de cacao d’exception à des chocolatiers français dont celui de Verdun.
Rencontre gourmande.

« Je suis née dedans ! » Aristide Tchemtchoua garde le sourire en toutes circonstances. Cette cacaocultrice camerounaise de 34 ans et au fort tempérament était il y a peu au magasin Terra Chocolata, rue des Rouyers à Verdun.

Ses parents, grands-parents, arrière-grands-parents cultivaient déjà les fèves de cacao. Et vu les prix très bas auxquels était acheté le cacao de ses parents, « ils n’arrivaient pas à s’en sortir », confie-t-elle. « Mon papa est venu me retrouver à Yaoundé. »

Aristide a décidé que l’aventure se poursuivrait. « J’ai vu beaucoup de reportages sur le chocolat à la télévision française.

Elle prend alors son destin en main et fouille le Net. Elle tombe sur un classement des 15 meilleurs chocolatiers de France. Et décide de contacter, via Facebook, la maison « À la Reine Astrid ». Elle lui envoie 200 kg de fèves de chocolat.

« Ça a fait boule de neige »

« J’étais inquiète, mais l’histoire a commencé comme ça », confie-t-elle. Elle tombe au mieux et le pari a réussi. Ses fèves plaisent bougrement et la confédération des chocolatiers et confiseurs de France est mise au courant. Beaucoup ont voulu travailler avec Aristide.

« On est assez nombreux. Ça a fait boule de neige », précise Patrick Schoenecker, le patron du magasin Terra Chocolata. Il dit banco en 2017 et voilà près de deux ans et demi que le projet est sur les rails. « Je suis allé au Cameroun au début de 2018 »

De 200 kilos à 40 tonnes

Des 200 kg envoyés au départ, Aristide a envoyé deux tonnes puis 14 tonnes pour la troisième récolte et 40 pour la quatrième.

Et même si sa famille possède plusieurs plantations de 5 ha chacune sur différents terroirs, dont certaines parcelles sont complantées avec des bananes plantains, des avocatiers, des citronniers, des mandariniers, des orangers ou des manguiers, une coopérative baptisée Scoops-Ca a été créée. Elle en a pris la présidence. La structure ne compte pas moins de 50 personnes, toutes des hommes !

« C’est un chocolat d’exception »

« Ce sont des plantations en forêt sans déforestation », poursuit Patrick Schoenecker qui est aux anges avec cette production exceptionnelle.

Il adapte ses recettes aux arômes des générations de cacao. « Je vends ça comme un grand cru. C’est un chocolat d’exception », précise-t-il.

Mariée et mère de trois enfants de 12, 10 et 4 ans, Aristide Tchemtchoua vit à Yaoundé. « En même temps, je m’occupe des plantations de mes parents », explique-t-elle. Cette année, elle a décidé de venir faire un tour dans les différents lieux qui achètent le cacao de sa coopérative. « J’ai pris l’avion pour la première fois et le train aussi »

« Ce n’est pas seulement du cacao, c’est une belle histoire »

« Ce n’est pas seulement du cacao, c’est une belle histoire. » Patrick Schoenecker est ravi de cette rencontre. « C’est de la vie derrière tout ça : l’amélioration des conditions de vie, l’envoi des enfants à l’école… »

Mais quand même, le cacao est au top : « Tout le monde veut travailler avec Aristide ! », estime le patron de Terra Chocolata. Les fèves donnent « un chocolat qui correspond au goût des Français. Il est dans la force, le caractère, la petite acidité maîtrisée ».

Et puis, comme Patrick Schoenecker fait partie du Rotary de Verdun, il a présenté Aristide lors d’un repas avec le gouverneur. « L’occasion de semer la petite fève de cacao » en vue du forage d’un puits dans le village « pour avoir l’eau sur place avec une pompe manuelle ».

Aristide, elle, est aussi allée au Salon du chocolat à Paris où Terra Chocolata avait un stand et puis aussi en Italie. Pour présenter sa coopérative et son travail.