Patrick Poirrier, Cémoi : la hausse du prix du chocolat n’est pas un problème, ni en Europe, ni en Côte d’Ivoire


Par commodafrica.com – Publié le 2020-01-20

Pour Patrick Poirrier, PDG du chocolatier français Cémoi très implanté en Côte d’Ivoire, augmenter le prix à la consommation du chocolat afin de répercuter « de quelqu’une centimes » l’incidence de la mise en application du différentiel de revenu vital de $ 400 n’est pas un problème ni pour le consommateur européen, ni pour le consommateur ivoirien. Entretien exclusif à Abidjan avec CommodAfrica.

Cémoi soutient depuis le départ l’initiative commune de la Côte d’Ivoire et du Ghana d’instaurer un différentiel de revenu vital de $ 400 au bénéfice du planteur de cacao? Pourquoi ?

Cémoi est implanté en Côte d’Ivoire déjà depuis plus de 20 ans. On est une entreprise très impliquée, très implantée sur cette filière cacao. Je trouve que le mouvement qui a été mis en place par les gouvernements de Côte d’Ivoire et du Ghana est vraiment très intéressant puisque, de toute façon, on a besoin de cacao et donc on a besoin de planteurs pour produire du cacao pour faire du chocolat. On était très inquiet par la baisse des cours et nous pensons que le programme qui a été mis en place avec le « living income differential » va permettre de valoriser la cacaoculture et de remonter les prix au planteur. Donc, en tant qu’entreprise, Cémoi soutient cette démarche.

Concrètent, pensez-vous que cela puisse fonctionner, atteindre ses objectifs ? Le problème n’est-il pas le prix auquel les consommateurs paient leur chocolat, c’est-à-dire la répartition du prix dans la chaîne de valeur ?

Je pense que nous sommes sur une filière qui est une filière longue. Le consommateur doit se rendre compte que pour finir sur une tablette de chocolat -et nous le voyons dans de nombreuses filières gérées de la fève jusqu’au consommateur ici en Côte d’Ivoire-  c’est une filière qui est longue, qui exige de nombreuses étapes de transformation, des équipements qui sont importants, et je suis tout à fait conscient que les prix ces dernières années étaient beaucoup trop bas sur la partie planteur. Donc je pense qu’on va bien sur travailler à remonter ce prix au planteur.

Je pense aussi que pour le consommateur qui est capable de changer de téléphone portable tous les deux ans, payer quelques centimes de plus pour un tablette de chocolat  ce qui va permettre aussi d’augmenter la rémunération du planteur n’est guère un problème. Nous soutenons aussi, par exemple, « C’est qui le patron ? » en France et « C’est qui le patron ? » dans cette filière intégrée permet d’apporter des primes au planteur qui sont acceptées par le consommateur qui a voté sur Internet de pouvoir payer un peu plus cher sa tablette de chocolat pour pouvoir améliorer la rémunération du planteur.

Le consommer ivoirien, du fait de sa proximité avec le planteur, est-il prêt à faire autre chose qu’un consommateur européen qui est plus éloigné géographiquement du planteur ?

Nous avons lancé des gammes de produits en Côte d’Ivoire et nous avons fait un choix -qui est un choix stratégique- de qualité sur le produit. Donc on ne fait pas de végécao* mais du chocolat 100% pur beurre de cacao en Côte d’Ivoire. En Côte d’Ivoire, on a travaillé sur la taille de la portion pour permettre au consommateur d’avoir un produit accessible pour sa consommation. Et aujourd’hui, on pensait que la consommation irait plutôt vers des produits de poudre, de pâte à tartiner. Or, aujourd’hui le consommateur ivoirien demande du chocolat « Made in Côte d’Ivoire ». Il y a une vraie fierté.