Le Covid-19 peut-il perturber la production de cacao ?


Par Véronique Paré-Pochette pour La Huun – Publié le 2020-04-02

e cabinet « Oxford Business Group (OBG), un cabinet d’intelligence économique et de conseil, s’est penché sur la question et plus particulièrement sur la situation en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao à hauteur de 40%.

Le premier cas de Covid-19 en Côte d’Ivoire a été enregistré le 20 mars mais le pays compte maintenant le plus grand nombre de cas recensés en Afrique. Le pays a pris plusieurs mesures telles que l’instauration d’un couvre-feu et la limitation des déplacements entre Abidjan et l’intérieur du pays.

Le pays a également fermé ses frontières depuis le 22 mars, sans fixer de date de réouverture, mais le trafic de marchandises est maintenu.

En Côte d’Ivoire, l’agriculture est un secteur clef de l’économie du pays et l’une des plus grandes menaces mondiales qui pèsent sur l’agriculture en raison du Covid-19 est la perturbation possible des chaînes d’approvisionnement, en particulier pour les produits frais. Le cacao n’est pas une denrée périssable mais la perturbation des chaînes d’approvisionnement pourrait se répercuter sur la filière si la pandémie affectait les zones de production et/ou les usines de transformation.

En effet, le groupe suisse Barry Callebaut et la société américaine Cargill, disposent tous deux d’usines de broyage à Abidjan, plaçant ainsi la Côte d’Ivoire au deuxième rang international du broyage après les Pays-Bas. Le ralentissement de ces unités mettraient à mal la production mondiale de chocolat. De même, la récolte intermédiaire, qui s’annonce prometteuse avec l’arrivée précoce des pluies, pourrait être perturbée si les populations agricoles venaient à être fortement touchées par le Covid-19.

 Pâques est la 2°période importante de l’année pour les chocolatiers et représente 5% des ventes annuelles. La saison sera en partie perdue même si comme en France des alternatives sont mises en place. Les invendus pourront être refondus ce qui repoussera les achats de matières premières jusqu’à la saison prochaine soit Noël. L’effet covid-19 pourra donc prendre du temps à être lissé, même après la levée des restrictions actuellement en vigueur.

Toutefois, selon la banque d’investissement Crédit Suisse, la pandémie ne constituerait pas nécessairement un frein important à la demande : en temps de crise le chocolat est un refuge et une manière de compenser la déprime engendrée par la crise ; Selon la banque, au cours des deux années qui ont suivi la crise financière de 2008, les ventes de produits bio de Hershey avaient enregistré une hausse de 4,7% par an.

La banque a ainsi relevé son opinion sur le fabricant de chocolat (Hershey)– pour qui la Côte d’Ivoire et le Ghana sont les premiers fournisseurs de fèves de cacao- de « neutre » à « surperformance » le 18 mars dernier, au motif que la consommation de chocolat pouvait augmenter en cette période de confinement et de ralentissement.

L’analyse de l’OGB conclut que sur le court terme,la perturbation des chaines d’approvisionnement en Côte d’ivoire pourrait avoir des conséquences sur les capacités du secteur agricole à satisfaire la demande.

Sur le plus long terme, en Côte d’Ivoire comme à l’échelle mondiale, les chaines d’approvisionnement pourraient être amenées à opérer de manière plus efficace et permettre au secteur agricole de réaliser des économies dans les années à venir.

Conclusions : A travers cet exposé, on aura bien noté que la crise covid-19 risque de perturber la filière cacao en Côte d’Ivoire non à cause de la fragilité des fèves de cacao qui ne sont pas des denrées périssables une fois transformées en cacao « marchand », mais si elle touche en amont les producteurs qui pourraient ne pas pouvoir assurer les récoltes et/ou les unités de transformations par manque de matières premières type combustibles ou personnel indisponible.

On aura également relevé que la situation de crise est propice à maintenir voire à augmenter la demande en chocolaterie. Mais dans ce contexte, les fabricants industriels seront mieux placés pour répondre à la demande que l’artisanat qui reste moins accessible en ces temps de confinement malgré les efforts d’adaptation déployés. Quel dommage ! Mais on va se rattraper, c’est promis !