Cocoa4Future : remettre l’humain et l’environnement au cœur de la cacaoculture de demain

CIRAD – 19/01/2021 – Communiqué de presse

Renforcer la durabilité et résilience de la cacaoculture en Afrique de l’Ouest : c’est la finalité du projet Cocoa4Future, coordonné par le Cirad et financé par le programme DeSIRA de l’Union européenne et l’Agence Française de Développement. Pendant cinq ans, plus de 150 cacaoyères conduites en monoculture ou agroforesterie seront évaluées du point de vue agro-environnemental, tandis que 350 exploitations à travers la Côte d’Ivoire et le Ghana bénéficieront d’un suivi des stratégies paysannes développées notamment en matière d’agroforesterie. Un consortium vient d’être signé entre les différents partenaires du projet*.

La Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux plus grands producteurs de cacao au monde , font aujourd’hui face à des difficultés de taille : changement climatique, recrudescence de certaines maladies, instabilité des cours mondiaux du cacao… Afin de favoriser le découplage entre cacaoculture et déforestation , tout en contribuant à la restauration des cacaoyères dégradées, l’Ecole supérieure d’Agronomie de l’INP-HB, quatre universités ivoiriennes, une université ghanéenne ainsi que deux ONG* se sont associées, avec d’autres partenaires, au sein du projet Cocoa4Future . Ils viennent de signer, avec le Cirad, un accord de consortium qui définit les modalités d’intervention de ce projet financé à hauteur de 6 millions d’euro par l’Union européenne et 1 million par l’AFD.

Jusqu’à 2025, les partenaires du projet évalueront les performances agronomiques, écologiques et socio-économiques des principaux systèmes de cacaoculture présents en Afrique de l’Ouest (monoculture, agroforesterie simple et agroforesterie complexe). Les données collectées tout au long du projet aideront à identifier puis diffuser les innovations techniques et organisationnelles les plus efficaces à grande échelle, pour renforcer la durabilité de la cacaoculture dans la région .

Un modèle à bout de souffle ?

Aujourd’hui, le modèle historiquement dominant de production, basé sur une monoculture après une défriche forestière par une main d’œuvre très peu chère (souvent d’origine migrante) s’essouffle. Outre leur engagement pour protéger les dernières forêts résiduelles de la défriche, la Côte d’Ivoire et le Ghana sont confrontés au vieillissement de leurs cacaoyères et à la raréfaction des zones forestières disponibles. Le défi de la réhabilitation des anciennes cacaoyères est accentué par la présence du Cocoa Swollen-Shoot Virus(CSSV) et la tendance globale au changement climatique . Celle-ci engendre de fortes fluctuations du rendement des cacaoyères et donc des revenus des producteurs, exacerbe les effets du CSSV, et limitera à terme les zones propices à la cacaoculture.

Evaluer la résilience des exploitations de cacaoyers

Face à ce contexte incertain, « Cocoa4future vise identifier les systèmes de cacaoculture les plus performants et à inventer , avec les cacaoculteurs et les acteurs de la filière cacao, des modèles technico-économiques et organisationnels durables , qui garantissent des conditions de vie décentes aux producteurs », annonce Patrick Jagoret, agronome au Cirad et coordinateur du projet.

A cet effet, Cocoa4Future, qui mobilise plus d’une dizaine de scientifiques du Cirad, fonde son partenariat sur des questions autant économiques qu’écologiques et agronomiques. Cette évaluation multicritère vise à faire ressortir les systèmes de cultures les plus performants et résilients aux changements globaux. Ces derniers sont envisagés sous trois catégories : monoculture, agroforesterie simple et agroforesterie complexe.

« Une quinzaine de sites, répartis entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, seront suivis à la loupe , indique le chercheur. En tout, 150 parcelles feront l’objet de contrôles réguliers , en termes de services écosystémiques, productions, et résilience au changement climatique ou aux maladies. »

Notamment, le Cocoa Swollen Shoot Virus (CCSV), transmis par les cochenilles , qui est un véritable fléau pour les cacaoyers. Des méthodes de lutte à l’aide de barrières végétalessont aujourd’hui testées pour ralentir l’entrée des insectes vecteurs sur la parcelle. Les explorations continueront avec Cocoa4Future, qui espère identifier les espèces de cochenilles impliquées et améliorer les connaissances sur cette maladie.

Un travail en collaboration avec de nombreuses exploitations

De nombreuses exploitants, en Côte d’Ivoire comme au Ghana, partagent leur temps entre la cacaoculture et d’autres activités complémentaires, comme la pisciculture ou la riziculture . Or, les intrants chimiques utilisés en cacaoculture peuvent impacter la qualité des eaux de surface et par conséquent le développement des poissons. Les impacts de ces pratiques seront étudiés en partenariat avec l’APDRA. Les chercheurs entendent également comprendre l’évolution des pratiques et des stratégies des producteurs de cacao. 400 exploitations en Côte d’Ivoire sont ainsi suivies par l’Université de Daloa et le Cirad, et 150 autres au Ghana sont étudiées par l’Université du Ghana.

La qualité du cacao représente un autre volet du projet : l’impact de l’agroforesterie sur les qualités organoleptiques (goût, flaveur, odeur…) du cacao, l’identification de terroirs, ou encore la mise en valeur de pratiques agroforestières… Une équipe s’intéressera aussi à l’amélioration des revenus des producteurs via la valorisation commerciale de ces pratiques écologiques .

« L’agroforesterie est la thématique phare de Cocoa4Future , surtout dans le contexte actuel d’accélération de la déforestation dans ces régions , note Patrick Jagoret. Les systèmes agroforestiers contribuent par exemple à améliorer la qualité des sols, à réguler les populations de bioagresseurs … En un mot, ils restaurent certains services écosystémiques normalement rendus par les forêts. »

Les scientifiques du projet Cocoa4future espèrent, à la fin du projet, être en mesure de proposer des systèmes de cacaoculture durables qui tiennent compte des attentes des agriculteurs. « Il ne s’agit pas d’imaginer un système de culture uniforme que tous devraient appliquer , précise Patrick Jagoret. L’idée du projet est de remettre l’humain et l’environnement au cœur de la cacaoculture de demain . Ce sera donc aux producteurs, principaux bénéficiaires du projet, de prendre eux-mêmes leurs décisions, en fonction des réponses que l’on aura pu leur apporter en termes de bénéfices économiques et environnementaux. »

Les services de conseil agricole , qu’il s’agisse de ceux d’ONG, d’entreprises privées, ou de l’Anader, seront irrigués par les résultats obtenus. Les nouvelles innovations, imaginées par les exploitants et les chercheurs, seront diffusées à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

DeSIRA, un programme européen pour accompagner la transition agricole vers des modes de production résilients et durablesL’initiative DeSIRA (Development Smart Innovation through Research in Agriculture) est un programme de l’Union Européenne, portée par la Direction Coopération internationale et Développement de la Commission européenne (DG Devco). Ce programme est dédié à la recherche agricole dans les pays du Sud, en lien avec le changement climatique.Dans un contexte d’accélération des changements climatiques, l’initiative DeSIRA veut mettre au jour les innovations qui transformeront le secteur agricole et ouvriront la voie vers des systèmes agro-alimentaires résilients et durables. A ce titre, DeSIRA finance de nombreux projets de recherche en collaboration avec des pays Sud partenaires, ciblant principalement les paysans et les éleveurs, mais également des organisations de producteurs, des ONG, des transformateurs, des consommateurs, etc.Lors du premier appel du programme, le Cirad a été associé à dix projets, dont quatre qu’il coordonne, aux côtés d’une dizaine de partenaires scientifiques européens, plusieurs centres du CGIAR et d’une vingtaine de partenaires du Sud.En savoir plus sur les projets DeSIRA coordonnés par le Cirad
Le boom de la cacaoculture ouest-africaineEn 50 ans, la production africaine de cacao est passée de 865 000 tonnes à 3 millions. Ces chiffres confirment la place prépondérante du continent dans cette culture, en particulier la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent à eux seuls 70 % de l’offre mondiale de cacao et emploient près de 2 millions de petits producteurs. Dans les prochaines années, une forte augmentation de la consommation de produits chocolatés est prévue, en raison de l’accroissement du niveau de vie dans plusieurs pays émergents fortement peuplés. Augmenter la production dans le respect de l’environnement est donc crucial pour ces deux pays.

*Partenaires 

  • 5 institutions de recherche ivoiriennes : Université Félix Houphouët-Boigny (Centre ivoirien de recherches économiques et sociales, Wascal et UFR Biosciences), Ecole supérieure d’agronomie/ Institut national polytechnique Houphouët-Boigny (Départements de Foresterie, et de Gestion, Commerce et Economie Appliquée), Université Jean Lorougnon Guede Daloa (Groupe de Recherche Interdisciplaine en Ecologie du Paysage et en Environnement), Université de Nangui Abrogoua (laboratoires d’Ecologie et du Développement Durable et de Biotechnologie et Microbiologie des Aliments), et le Centre national de recherche agronomique ; 
  • 2 institutions de recherche ghanéennes : Cocoa Research Institute of Ghana, University of Ghana (School of Agriculture et Institute Of Statistical, Social And Economic Research) ;
  • 2 ONG : Apdra (pisciculture) et Nitidae (création de chaines de valeur et cacao biologique)
  • Le Joint Research Centre