Un « Lascaux » amazonien: révèle ses splendeurs rupestres en Colombie!

Par Sarah Nabli/Najet Benrabaa/oang pour rts.ch – Publié le 13-03-2021


Au coeur de l’Amazonie colombienne, un site archéologique recèle des dizaines de milliers de représentations d’animaux et d’humains sur plus de douze kilomètres. Composé de 75’000 peintures rupestres, il est désormais accessible au public.

Découvert il y a une cinquantaine d’années, le site archéologique de Serrania de la Lindosa est situé dans le massif montagneux du département colombien du Guaviare. Surnommé “la chapelle Sixtine de la préhistoire”, à l’instar de la grotte de Lascaux en France, il est resté inaccessible pendant longtemps en raison de la présence de la guérilla des FARC dans la région.

L’une des plus grandes collections au monde

Ce trésor, perdu au cœur de la jungle amazonienne, est difficile d’accès. Il faut compter plusieurs heures de marche à travers la forêt dense et humide, dans les pas des grands aventuriers. Il faut grimper, se faufiler à travers les arbres, pour découvrir enfin cette bibliothèque à ciel ouvert: 75’000 peintures rupestres, l’une des plus grandes collections au monde réparties sur quarante falaises.

« Ils ont pu représenter leur vie quotidienne en peignant les animaux qui étaient importants pour eux, qu’ils pouvaient manger », explique le guide William Rojas jeudi dans le 19h30 de la RTS. « Tous ces dessins, ils les ont gravés pour que d’autres personnes puissent voir ce qu’ils pouvaient trouver ici ».

C’est un jeu, une sorte de carte au trésor, où l’on essaie de deviner ce qu’ont voulu dire ces premiers peuples d’Amazonie. « Ça ressemble à un ‘U’, une arche avec un animal à l’intérieur », avance William Rojas devant l’une des peintures. « Pour eux, ça représentait une grotte, un tunnel qui se trouve sur ce site ».

Plus de 12’000 ans d’histoire humaine

La caverne se situe effectivement quelque 200 mètres plus loin. Cette longue galerie n’a pas révélé encore tous ses secrets, puisqu’aucune fouille n’y a encore été menée.

Longtemps oublié et inaccessible à cause de la présence de la guérilla des FARC, le site est ouvert aux archéologues depuis les accords de paix de 2016. Et les découvertes vont bien au-delà des dessins à l’oxyde de fer.

« Ce site nous a permis de retrouver des restes humains et des centaines de milliers de restes de fragments d’animaux », explique l’archéologue Jeison Lenis Chaparro. Il y a plus de 12’000 ans de présence humaine ininterrompue sur ce lieu, précise-t-il. « Cela nous permet de savoir comment vivaient les personnes il y a plus de 12’000 ans, et jusqu’à peu ».

La menace de la déforestation

Mais depuis le départ des FARC, ces richesses préhistoriques sont menacées car la déforestation a explosé aussi en Amazonie colombienne. Le Guaviare est le second département le plus touché de la région, un phénomène que les anciens guérilleros ne cessent de dénoncer.

« Avant, la nature et l’environnement étaient protégés de manière très simple, avec des règles de cohabitation établies avec les populations », souligne César Garcia, ancien des FARC. « Il y avait certaines restrictions: par exemple, le paysan n’avait pas le droit d’abattre des arbres de la forêt vierge ou des montagnes, sinon il y avait des sanctions économiques ». Et les mêmes règles s’appliquaient pour la chasse et la pêche.

Des paysages exceptionnels et cet héritage millénaire sont aujourd’hui en péril. Le gouvernement colombien a pourtant pris des engagements pour lutter contre ce fléau lors du pacte de Leticia signé en septembre 2019.