Réchauffement climatique: voici ce à quoi il faut s’attendre avec la hausse estimée à 2,7°C après la COP26

Par Marie-Adélaïde Scigacz pour France Télévisions – Publié le 16 novembre 2021


Si les Etats tiennent tous leurs promesses en matière de réduction des gaz à effet de serre, le réchauffement climatique sera tout de même bien au-delà des ambitions de l’accord de Paris, entraînant des phénomènes destructeurs sur toute la planète. 

Un lac à sec près du barrage de Doueisat, à Al-Diriyah, dans le nord de la Syrie, mardi 9 novembre 2021.  (ABDULAZIZ KETAZ / AFP)
Un lac à sec près du barrage de Doueisat, à Al-Diriyah, dans le nord de la Syrie, mardi 9 novembre 2021.  (ABDULAZIZ KETAZ / AFP)

A Glasgow, la COP26 s’est achevée samedi 13 novembre sur un petit coup de marteau – l’adoption d’un « pacte climatique » – et un gros coup de blues. En dépit des promesses d’efforts renouvelées, voire rehaussées, par les 197 pays présents, en termes de réduction des gaz à effet de serre, la température globale devrait augmenter, d’ici à la fin du siècle, de 2,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle, selon les calculs du Programme des Nations unies (PNUE). Un échec cuisant, puisqu’en vertu de l’accord de Paris, signé en 2015, il faudrait plutôt maintenir cette hausse « bien en deçà des 2 °C », de préférence à +1,5 °C.

Ce scénario qui attend la planète a été qualifié de « catastrophe climatique » par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Sécheresse, inondations, cyclones, famines, extinctions de masse… Quelles menaces pèsent sur notre planète si nous continuons de suivre cette trajectoire ?

Pour le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS et membre du groupe international d’experts sur l’évolution du climat (Giec), pas besoin de se projeter si loin pour comprendre les enjeux de cette hausse annoncée des températures. « Plutôt que de s’attarder sur ce chiffre final de 2,7 °C en 2100, une date lointaine, nous pouvons regarder ce qui nous attend sur la trajectoire qui nous conduit à ce réchauffement car cela implique que le seuil des 2 °C sera franchi au milieu du siècle, peut-être même un peu avant », explique-t-il.

Des extrêmes plus fréquents… et plus extrêmes

Deux avantages à cette échéance : plus proche, elle est plus palpable et laisse moins de place à l’incertitude, forcément grandissante dès lors que l’on se projette loin. Par ailleurs, le scénario d’une hausse de 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle a fait l’objet de nombreux travaux, synthétisés par les scientifiques du Giec.

Ainsi, le premier volet de leur dernier rapport, publié en août, a établi un lien direct entre la hausse des températures et la survenue d’évènements météorologiques extrêmes« Y compris des phénomènes d’une ampleur inédite », explique le climatologue, en citant l’épisode du « dôme de chaleur » qui a frappé le sud-ouest du Canada et le nord-ouest des Etats-Unis cet été, avec des records de chaleur pulvérisant de 3 à 4 degrés le pic précédent. Il aura suffi d’une hausse de 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle pour frôler la barre des 50 °C.

Un feu de forêt lié à la vague de chaleur, le 1er juillet 2021 à Lytton en Colombie-Britannique (Canada). (DARRYL DYCK / THE CANADIAN PRESS / AP)
Un feu de forêt lié à la vague de chaleur, le 1er juillet 2021 à Lytton en Colombie-Britannique (Canada). (DARRYL DYCK / THE CANADIAN PRESS / AP)

Avec une augmentation de 2 °C d’ici la moitié du siècle – et +2,4 °C, voire +2,7 °C vers sa fin – la fréquence d’évènements tels que les canicules ou les pluies diluviennes augmentera en conséquence, prévient le climatologue. Et pour cause, une hausse de seulement 1 °C accroît déjà de 7% la capacité de l’air à retenir l’eau, favorisant les fortes précipitations.

« Chaque fraction de degré compte »

Car « si l’on parle de hausse à +1,5 °C, +2,7 °C ou +3 °C, il faut savoir que c’est un continuum et non un point de rupture, où tout irait bien à +1,9 °C pour s’effondrer soudainement à +2,1 °C », souligne le scientifique. De même, le calcul d’une hausse de +2,7 °C à la fin du siècle, mis en avant par l’ONU, correspond « au meilleur estimateur » pour un scénario donné. « Il existe un intervalle autour de cet estimateur le plus probable : si l’on prend en compte le domaine des possibles climatiques, ce même scénario peut nous conduire jusqu’à 3,5 °C. Le message,conclut Christophe Cassou, c’est que pour éviter les catastrophes, +1,5 °C c’est mieux que +1,9 °C, qui est mieux que 2 °C… »

En juin 2019, le record de chaleur était battu en France : 46 °C, à Vérargues (Hérault). Les climatologues ont étudié le risque de voir un tel évènement survenir en fonction du niveau de réchauffement global. « Nous sommes aujourd’hui à +1 °C par rapport au niveau préindustriel et une telle canicule à une chance sur 50 de se produire, illustre Christophe Cassou. C’est un peu comme si, au début de l’été, on lançait un dé à 50 faces. Avec un réchauffement de +1,5 °C, ce dé n’a plus que 10 faces. A +2 °C, il en a quatre. En passant de un à deux degrés, on passe d’une chance sur 50 à une chance sur 4″. Et le climatologue d’insister : « Cela illustre bien le fait que chaque fraction de degré compte. La hausse de la température globale ouvre la voie à des canicules plus fréquentes, plus intenses et plus longues. »

Avec +2 °C, le seuil des 50 °C pourrait être franchi l’été en France. Ce sera un évènement rare, bien sûr, mais possible. De même qu’au bout d’un moment, les températures de juin 2019 en France seraient celle d’un été normal

Christophe Cassou, climatologue et directeur de recherches au CNRS à Franceinfo

Dans son dernier rapport, le Haut Conseil pour le climat projette une hausse de 2,6 °C à la fin du siècle. Conséquence ? Vers 2071-2100, en France, on compterait en moyenne entre 65 et 105 nuits par an avec des températures minimales supérieures à 20 °C (PDF) sur le pourtour méditerranéen et tout le littoral corse. Dans ces conditions, le risque de feux de forêt viendrait titiller la Loire.

La biodiversité en danger

Une hausse de 2 °C des températures globales entraînerait déjà de lourdes conséquences sur la santé, l’agriculture et les risques d’incendie, détaillait une étude publiée dans la revue Environment international. A l’échelle de la planète, un milliard de personnes pourraient être exposées à une chaleur potentiellement mortelle d’ici le milieu du siècle, révèle un rapport du Met Office, le service national britannique de météorologie. Aujourd’hui, ces conditions de stress thermique (rencontre de forte chaleur et d’un taux d’humidité élevé) met en danger 68 millions de personnes. Enfin, selon le Giec, 400 millions de personnes seront confrontées à des pénuries d’eau avec un tel scénario.

Toujours selon les scientifiques, cette hausse frapperait durement la biodiversité : sur 105 000 espèces étudiées, 18% des insectes, 16% des plantes et 8% des vertébrés perdraient plus de la moitié de l’aire où elles vivent. Si la hausse de la température dans l’atmosphère tue, c’est aussi le cas de celle de l’océan. Le réchauffement des mers provoqué par une hausse de 2 °C condamnerait à mort 99% des coraux.

Le littoral menacé par la montée des eaux

Dans l’Arctique, une hausse globale limitée à 1,5 °C entraînerait la possibilité d’avoir un été sans glace une fois dans le siècle, contre une fois par décennie si la planète prend 2 °C, estime le Giec. Or, la fonte des glaces et des glaciers, ainsi que la dilatation de l’eau sous l’effet de la chaleur, condamnent de nombreux territoires, à l’image des Maldives. « Nous rappelons au monde que nous avons 98 mois pour réduire de moitié les émissions mondiales. La différence entre 1,5 et 2 °C est pour nous une condamnation à mort », ont rappelé les autorités de l’île à Glasgow.

Dans son dernier rapport, le Giec donne un intervalle de prévisions allant de 0,28 cm à 1,01 m en 2100, mais le rythme actuel de nos émissions nous entraîne vers le haut de cette fourchette. Puisque hausse des températures et rapidité de la montée des eaux sont directement corrélées, un réchauffement climatique de 2 °C plongerait déjà plusieurs régions sous les eaux, illustre Climate Central : le sud du Bangladesh ou du Vietnam, la mégalopole japonaise de Nagoya, les alentours de Miami ou de la Nouvelle-Orléans, aux Etats-Unis, Alexandrie et Port-Saïd en Egypte…

En Europe, le littoral sera grignoté de Calais (Pas-de-Calais) et Dunkerque (Nord) jusqu’à la frontière avec le Danemark, engloutissant une grande partie des Pays-Bas. En France, une grande partie du marais poitevin, une partie de La Rochelle (Charente-Maritime) ou de la commune voisine d’Aytré, les alentours des communes de Redon (Ille-et-Vilaine) ou de Libourne (Gironde), des quartiers de Cannes ou encore l’aéroport de Nice se retrouveraient sous l’eau autour de la moitié du siècle.

Sous l’eau… ou menacés par des submersions en cas de tempêtes, relève Christophe Cassou, en prenant l’exemple de la tempête Xynthia, qui avait fait 47 morts en 2010. « La probabilité que cet évènement se reproduise, c’est de l’ordre d’une chance sur 200. Donc cela reste vraiment un évènement exceptionnel. Avec une hausse du niveau de la mer de 50 cm, l’évènement centennal devient quasiment pluridécennal, avec une chance sur 50 », met-il en garde.